Edgar Morin : Mort d’un Contemporain 🕊️
Une nuit Edgar Morin
a oublié son sac à dos
sur le cuir d’un taxi
à l’aube le chauffeur l’a ouvert
il y a trouvé un petit carnet
une photo orange des années soixante
d’une fille sur une plage de Méditerranée
un journal du jour
une boîte de cigarillos vanillés
un livre des poèmes de Melville
une banane tuméfiée
un foulard un tube
de Sensodyne
et presque un siècle
de pensée complexe
et d’amour du prochain
tout emmêlés [1]
Thomas Vinau
One night Edgar Morin
forgot his backpack
on the leather seat of a taxi
at dawn the driver opened it
inside he found a small notebook
an orange photo from the sixties
of a girl on a Mediterranean beach
today’s newspaper
a box of vanilla cigarillos
a book of Melville’s poems
a bruised banana
a scarf a tube
of Sensodyne
and almost a century
of complex thought
and love for one’s neighbor
all tangled up. [2]
Thomas Vinau
Ce vendredi 29 mai 2026, la France a perdu un de ses philosophes contemporains : Edgar Morin. Deux mois et demi après la mort d’Habermas, Edgar Morin décède à Paris à l’âge de 104 ans. Depuis, les adieux se multiplient aux quatre coins du monde pour rendre hommage à celui que l’on nomme « le père de la pensée complexe. » Celui qui en parle encore le mieux est Thomas Vinau qui lui consacre tout un poème en 2019.
Intitulé « Le sac à dos d’Edgar Morin », ce poème dessine parfaitement le portrait de ce philosophe de terrain. À travers un inventaire intime et poétique, Thomas Vinau nous dépeint un intellectuel en constant mouvement, dont les bagages légers contiennent la richesse d’une vie. Son nom même, emprunté à la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, rappelle que l’engagement a été son tout premier bagage. Le voyage définit toute son identité.
Il y a d’abord le voyage physique : de l’Europe à l’Amérique latine, Edgar Morin a parcouru les continents et s’est confronté aux réalités du monde. Mais il y a aussi et surtout chez lui, le voyage intellectuel : c’est un explorateur qui refuse les frontières entre les disciplines. Pour lui, la biologie, la poésie, la sociologie, et la politique sont des domaines qu’il ne faut pas isoler mais bien faire dialoguer. Son interdisciplinarité reflète le but de tout voyage : la rencontre de soi et l’amour de son prochain.
Ce croisement des savoirs constitue le cœur même de son parcours philosophique. Dans son sac oublié sur une banquette de taxi, les petits objets du quotidien se mélangent aux grands concepts humanistes. Edgar Morin aimait répéter : « Vivez poétiquement. La poésie ne doit pas seulement être une chose écrite, lue, récitée. C’est une chose qui doit être vécue. » [3] Le poème capture exactement cela : un « tube de Sensodyne » et une « photo des années soixante » se retrouvent magiquement « emmêlés » à un « siècle de pensée complexe ».
Mais cette pensée devient accessible, quand l’on sait que l’étymologie du mot latin « complexus », signifie « ce qui est tissé ensemble ». Bien que ce sage soit arrivé à destination, il nous lègue maintenant ses bagages. À nous désormais d’en prendre soin.
Copyright © 2026, Cogito-escritum. Tous droits réservés.
--------------------------------------------------------------------------------------------------
This Friday, May 29, 2026, France lost one of its contemporary philosophers : Edgar Morin. Two and a half months after Habermas’s death, Edgar Morin passed away in Paris at the age of 104. Since then, farewells have multiplied from all corners of the world to pay tribute to the man known as "the father of complex thought." No one captures him better than Thomas Vinau, who dedicated an entire poem to him back in 2019.
Entitled "Edgar Morin’s Backpack," this poem perfectly paints the portrait of this grounded philosopher. Through an intimate and poetic inventory, Thomas Vinau depicts an intellectual in constant motion, whose light luggage contains the richness of a life. His very name, adopted during the Resistance of World War II, serves as a reminder that commitment was his very first piece of baggage. The journey defined his entire identity.
First, there is the physical journey : from Europe to Latin America, Edgar Morin traveled across continents and confronted the realities of the world. But there is also, and above all, within him, the journey of the mind : he is an explorer who refuses boundaries between disciplines. For him, biology, poetry, sociology, and politics are fields that must not be isolated but brought into dialogue. His interdisciplinarity reflects the goal of any journey : the encounter with oneself and the love of one’s neighbor.
This intersection of knowledge constitutes the very heart of his philosophical path. In his backpack forgotten on a taxi seat, small everyday objects mix with grand humanist concepts. Edgar Morin loved to repeat : "Live poetically. Poetry must not only be something written, read, recited. It is something that must be lived." [4] The poem captures exactly that : a "tube of Sensodyne" and a "photo from the sixties" find themselves magically "entangled" with a "century of complex thought."
Yet, this thought becomes accessible once we consider the etymology of the Latin word "complexus," which means "that which is woven together." Although this sage has reached his destination, he now leaves us his luggage. It is up to us now to take care of it.
Copyright © 2026, Cogito-escritum. All rights reserved.
--------------------------------------------------------------------------------------------------
( Traducción español ⏳)
Scribo ergo cogito
Popular Philosophy